07/05/2006

*32*

 

 

On se prépare tous les deux à une nouvelle nuit ici.

La plus dure et la plus belle.

Ma perfusion est enfin un mauvais souvenir, je me sens plus à l'aise pour me déplacer sans cette horreur ambulatoire.

Je suis déjà habituée à tes cris, mais là ils redoublent de force, j'ai trop chaud, et toi aussi. On peut d'ailleurs le voir sur les photographies précédentes...

Tu veux sans cesse téter, des heures, les biberons sont raides, rougeoyants, pelants, indurés, intouchables. Mais tu y restes ventousé, et je ne peux t'en vouloir : tu appelles ce dont tu as besoin.

Une sorcière d'infirmière qui pue la cigarette vient nous voir, et pour montrer sa belle voix, heu non, ça c'est autre chose, mais pour montrer sa science, peut-être, ne trouve pas mieux que de me pincer la tétine violemment (méchamment, vieille chouette!) sans me prévenir, pour décréter "c'est bien, c'est comme ça que ça doit être, tendre au bout, et dix minutes chacun, un point c'est tout!"

Elle a un peu plus enflammé ce qui est déjà proprement insupportable, je la traite de tous les noms, silencieusement. J'ai du mal à croire qu'elle ait fait ça pour notre bien, elle a échappé au réflexe taquet dans le pif, pour cause de grande fatigue. Je l'estropie mentalement.

Tu hurles tant et plus, des heures, la nuit défile, nos températures montent d'un cran encore, je finis par ne plus te laisser "boire", je n'en peux plus, surtout à droite.

Quand surgit une nouvelle infirmière, plus âgée, posée, douce, surtout comparée à qui tu sais. Elle regarde nos deux amis mal en point, et m'explique que douleurs et chaleurs, ainsi qu'hurlements, ne proviennent que d'un fait naturel : le lait arrive, et tu le sens! Elle m'oblige à te redonner celui qui m'est le plus douloureux, m'expliquant que c'est justement ce critère que l'on devra retenir pour choisir ta "victime", à tour de rôle. Et elle me montre une nouvelle position pour ton repas, dite "en ballon de rugby", ton corps derrière moi, ta tête devant (ben comment voudrais-tu que ça marche sinon?!), et monsieur polystyrène nous sauve encore la mise... Elle dit "vingt bonnes minutes comme ça, sur celui-là, c'est un travail d'équipe : vous avez mal, il vous soulage, il a faim, vous le soulagez, c'est tout simple."

Et dix minutes plus tard, le miracle à notre mesure s'accomplit : tu relâches tout seul la pression, limite souriant (!!), et je n'ai plus ces boules de pierres sur le côté, toutes bouillantes!

Un déclic dans ma tête : c'est bon! Je sais maintenant que ça va marcher, c'est parti!!!

Tu redemandes souvent cette nuit-là, je suis décalquée de fatigue, et au petit matin, une gentille puéricultrice vient me proposer de te prendre un peu, me grondant de n'avoir jamais demandé d'aide. Je culpabilise intérieurement de te laisser, mais je suis décidément trop faible pour refuser.

Deux bonnes heures de sommeil qui me semblent une grassouillette matinée. Je me sens regonflée, (deci delà d'ailleurs!), et cette fois, lorsque je serre les dents pour te laisser croquiller, je souris de soulagement : je sais voir quand tu déglutis (ah, ça paraît simple hein...), tu tétouilles efficace, et comment.

 

Tes premiers sourires "aux anges" sont bien là! (Des fossettes, je crois bien avoir vu au moins une fossette, à gauche...)

 

[Une capture de l'un d'entre eux, justement, que nous avons offert à nos proches en ce début d'année.]

 

 

 

 

 

 

 

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