22/04/2006

*22*

 

 

On repousse l'heure du coucher, et vers une heure, finalement allongés, je dis à ton papa "ben il a tout faux ton boss!", et lui de me répondre "oui, la nuit n'est pas finie."

Et environ un quart d'heure plus tard, sans prévenir, quelqu'un fait claquer un coup de fusil dans mon bas ventre. Sonore, net, douloureux.

"Quoi??? Je t'ai fait mal..?"

Je file aux toilettes, et tente de le rassurer en semi-souriant au sujet d'un prout coincé, même si j'ai carrément du mal à y croire. (Je pense à cette urgentiste qui, n'envisageant pas le fait que je te sente déjà, "beaucoup trop tôt" selon elle dans notre calendrier, avait essayé de nous convaincre que tout ce que je pouvais ressentir à ce stade, n'était qu'un gaz..! Alors que ledit gaz me secouait depuis bien quinze jours.)

"Je crois que cette fois on l'a, notre signe."

(Perte du bouchon muqueux, qu'ils disent, pouark.)

Pas de panique, ils nous ont bien parlé d'une dizaine d'heures la première fois, d'y aller doucement, voire même de patienter à la maison deux heures... Et puis ensuite on a une baignoire-piscine à disposition, pour passer le temps, avant la péridurale qui permet de ne rien sentir. Et puis la musique douce, la respiration relaxante, les images apaisantes... On arrive bientôt dans le pays de Walt Disney quoi, super!

Mais ils ont aussi dit une bonne demie-heure entre chaque contraction, non? Puis vingt, puis quinze, et dix, et on chante en coeur, on fait la gymnastique sur le ballon de la salle de préparation, ton papa est un pro maintenant, avec tous les cours que nous avons ingurgité!!!

 

Oui, mais.

1'.

Je fuis la moquette de la chambre en me rendant compte que. Diable, la voisine qui me disait que parfois, on ne se rend pas compte de "la perte des eaux"!

Dire que j'avais enfin réussi à enfiler un survêt, "y'a pas le temps de se changer!", "ben si fait froid et suis trempée, au secours". Re-enfilage d'un autre survêt. Je porte un tee-shirt de ton papa, je n'entre plus dans les miens.

2'.

Ici, je me tords toutes les deux minutes, voire moins, depuis déjà dix minutes.

Autant dire.

Que tu es là!!!!!!!!!!!!!!!!!!

3'.

"File... A la voiture... Les sacs... Vite... Va... Maintenant... Peux plus parler... Mais va je te dis... VVVVVVIIIITTTEEEEEEE!!!!!!!!!!!!!!!!"

Et lui de ne pas oser s'éloigner, pour "m'aider"...

Respiration qu'ils disaient. Facile à dire!

Rejoindre la voiture me fait me dire que nous n'arriverons jamais à la maternité. Deux "bonnes" contractions avant de pouvoir y entrer, façon crabe, et on démarre.

Ton papa flippe, il grille les rouges, "nooonnn...  va pas nous faire un... accident... mainant... pis ça me fait des ...pauses... ARRETEEEEEE."

Bref, on fait la route en trente minutes au lieu de dix.

On croise une voiture de police, je dois avoir une tête de mort, là, ils nous regardent de travers. Mince, dans les films, ils ouvrent la route. Heureusement que l'on n'a pas eu droit à un contrôle d'identité... C'était moins deux!

On se gare n'importe comment. Je descends n'importe comment. On trouve l'entrée de l'hôpital, si j'avais pu taper sur les touches du portable je les aurais prévenus que l'on arrivait en urgence. Si.

On grimpe, ton papa part à gauche, il sait par coeur que c'est la salle du fond, à droite.

Peux pas parler, je rampouille, m'arc boute à chaque pas sur une barre au mur, pointes, on repart, je visualise le couloir, encore, un pas, croisement d'une sage femme "ça va madame?", ("super ça baigne, pousse-toi ou il va tomber ici", mais le tout dans ma tête, peux pas parler j'ai dit).

"Là" me montre une autre femme.

OK!!!!!!!!!

J'entre, elle doit poser une question, je tente de répondre, HURLEMENT, je suis pliée la tête dans un drap sur un "lit".

"JE SENS SA TETE J'VOUS DIT!!!"

Je dois demander à ton papa de m'ôter pantalon et chaussures, je ne peux plus rien faire.

Pas le temps pour le champs, ni pour des étriers à l'endroit, ni pour rien.

"Complète" dit Emilie, l'élève sage-femme, "c'est... c'est une tête!!..." Là, elle était sensée reconnaître si tu te présentais en rêveur ou en fonceur, ho, j'ai bien retenu le cours hein?!..

Je leur souffle "complète??? ça veut dire sans péridurale..."

Ce n'est pas une question. Elles m'offrent de l'oxygène.

"Rien? Vraiment RIEN????"

(Au secours)(Au secours)(Au secours)

"A la prochaine il est là, poussez!"

Mais y'a pas de prochaine, c'en est une en non-stop mdame, je fais quoi...

" C'est pour votre petit, c'est maintenant, allez-y"

J'peux pas.

"Allez!!!"

Non, je veux partir là, maintenant, tout de suite, je peux pas.

Le jour et la nuit, la glace et le feu, je vais chercher ailleurs je ne sais quoi.

J'oublie d'oublier que je suis morte de trouille.

Et ton papa, qui me tient les jambes, "allez il est là je le vois, oui, c'est notre bébé, il est LA!!!!"

A chaque souffle je lui demande ma petite bouteille d'eau, je calcule l'eau, la bouteille est petite, je suis assoiffée, une seule gorgée après chaque poussée, comme un bon point.

Il tient le masque à oxygène aussi, moi je tiens des poignées noires sur les côté du "lit", ça m'aide semble t'il.

Et quand je me sens enfin la force d'envoyer, la sage femme dit "STOOOPPPPP, PLUS MAINTENANT, DOUCEMENT!"

Pardon???

Et on reprend.

Et cette fois je sens tout en détail.

Ta tête, très distinctement. Dilate, rond, explosion, encore, chaque trait les yeux fermés.

"La deuxième épaule maintenant"

Ho, ça veut dire que l'on n'a pas eu besoin d'ustensiles de cuisine bébé, on y retourne, ça motive bien!

"Oui!"

Tu glisses sans fin.

Ton papa, en continu "Il est là, il est là....."

Il m'avouera plus tard qu'il l'a dit bien avant de te voir!!!

Tu glisses encore, sans aucun effort cette fois, je me sens comme aspirée vers l'extérieur, c'est déconcertant, je suis épuisée, je laisse faire les forces, je ne fais plus rien.

 

Il est deux heures trente cinq.

Et tu es là.

 

 

 

 

 

 

 

00:58 Écrit par k dans d/ 0h | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

 
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